Dans les métiers de proximité, certaines initiatives naissent d’un regard attentif et d’un engagement sincère au quotidien. C’est le cas du Troky Tour, un projet solidaire imaginé et porté par trois gardiens d’immeubles de SIA Habitat, dont Coralie Dubuisson.
Gardienne depuis douze ans, Coralie place la relation humaine au cœur de son métier. À travers cette interview, elle revient sur son parcours, la genèse du Troky Tour et l’impact concret de cette initiative sur les habitants. Un témoignage qui illustre pleinement la dimension sociale et collective des métiers de gardien d’immeubles, et la force du travail d’équipe au service des résidents.

1. Parcours et engagement personnel
Qui est Coralie Dubuisson quel a été son parcours professionnel avant d’intégrer SIA Habitat ?
Avant même d’évoquer son métier, Coralie Dubuisson se présente spontanément comme une maman de quatre enfants et une mamie de deux petits-enfants. Son attachement à la famille et aux valeurs humaines transparaît immédiatement.
Professionnellement, son parcours s’est toujours inscrit dans le domaine du nettoyage et de l’entretien. Elle a exercé en entreprise, puis en tant qu’entrepreneure, en proposant ses propres prestations. Ces expériences lui ont permis de développer rigueur, autonomie et sens du service, des qualités qui l’accompagnent encore aujourd’hui.
Coralie est gardienne d’immeubles chez SIA Habitat depuis 12 ans. Qu’est-ce qui lui a donné envie d’exercer ce métier et qu’est-ce qui la motive aujourd’hui encore ?
Depuis douze ans, Coralie exerce le métier de gardienne d’immeubles chez SIA Habitat. Si ses missions comprennent le nettoyage et l’entretien des résidences, ce n’est pas uniquement l’aspect technique qui l’a attirée.
Ce qui l’a séduite et ce qui la motive encore aujourd’hui, c’est la relation avec les locataires. Elle apprécie le contact humain, les échanges quotidiens et la satisfaction de pouvoir rendre service. La reconnaissance et la confiance des habitants constituent pour elle une véritable source d’énergie.
Son rôle va bien au-delà des missions techniques. Comment définir sa relation avec les locataires ?
Son rôle va bien au-delà de l’entretien des parties communes. Coralie définit sa relation avec les locataires comme une relation fondée sur le respect mutuel.
Elle veille à instaurer un climat de confiance, en restant disponible et à l’écoute. Son objectif est de faire au mieux pour chacun, en tenant compte des situations personnelles et des besoins exprimés. Cette proximité crée un lien durable, basé sur la bienveillance et la considération.
Avec le recul, qu’est-ce qui la rend la plus fière dans son parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Avec le recul, ce qui rend Coralie la plus fière est l’aide qu’elle peut apporter au quotidien. Elle accorde une grande importance à l’écoute des locataires, parfois dans des moments difficiles de leur vie.
Elle sait que certains n’osent pas toujours solliciter de l’aide. Être attentive, savoir repérer les situations délicates et tendre la main lorsque cela est possible fait partie intégrante de son engagement. C’est dans ces gestes simples, mais essentiels, qu’elle trouve le plus de sens à son parcours.
2. Genèse du projet Troky Tour
Le projet Troky Tour est né d’un constat de terrain. Elle nous explique ce qu’elle observait au quotidien auprès des locataires
Au quotidien, Coralie constatait une précarité grandissante chez certains locataires. Certaines personnes arrivaient dans leur logement avec très peu de moyens ou sans équipement de base.
Dans le même temps, d’autres habitants proposaient régulièrement des dons : mobilier, vaisselle, couvertures ou objets du quotidien.
Deux réalités coexistaient au sein des résidences. D’un côté des besoins urgents. De l’autre, une générosité bien présente. Mais aucun cadre pour relier efficacement les deux.
À quel moment se sont-ils dit, avec ses deux collègues, qu’il fallait aller plus loin et imaginer un projet collectif plus large ?
Après près d’un an d’observation et d’échanges informels, le constat s’est imposé. Les dons continuaient d’affluer et certaines situations restaient préoccupantes.
Tous trois sont engagés dans des associations venant en aide aux personnes sans abri. Ils avaient déjà l’habitude de récupérer ou de transmettre ponctuellement des objets utiles.
Peu à peu, l’idée a pris forme : structurer cette solidarité. Lui donner un cadre. Créer un moment dédié, visible, assumé.
C’est ainsi qu’est née l’idée d’une braderie solidaire.
Qu’est-ce qui a personnellement convaincue Coralie que cette braderie solidaire pouvait avoir un réel impact pour les habitants ?
Ce qui a convaincu Coralie, c’est la réalité du terrain. Certaines personnes, auparavant hébergées ou sans domicile, entraient dans leur logement sans vaisselle, sans lit ou sans canapé. D’autres, disposant de retraites modestes, devaient remplacer un mobilier devenu inutilisable.
Il arrivait également que, suite à un décès, des proches souhaitent donner le mobilier et les objets laissés derrière eux.
Face à ces situations, la solution s’est imposée simplement :
- Mettre en relation ceux qui donnent et ceux qui ont besoin
- Donner une seconde vie aux objets tout en apportant une aide concrète
Pour Coralie, cette démarche relève du bon sens. Transmettre plutôt que laisser se perdre.
3. Travail d’équipe et accompagnement
Le Troky Tour est une initiative portée par trois gardiens, Coralie, Raymonde et Florent. Comment s’est organisée cette dynamique d’équipe entre eux ?
Une fois l’idée posée, la coopération s’est faite naturellement.
Habitués à échanger régulièrement sur les besoins de leurs résidences respectives, les trois gardiens ont structuré leur coordination. Ils communiquaient déjà fréquemment par téléphone pour signaler des dons ou des situations urgentes.


En quoi cet accompagnement leur a-t-il facilité le passage de l’idée à un projet concret et structuré ?
Dans le cadre de ce type d’initiative, l’accord de la direction est indispensable. Les trois gardiens ont donc présenté leur projet dans le cadre d’un appel à projets interne.
Florence Dubreucq les a soutenus dès le départ. Elle les a encouragés à formaliser leur idée et les a accompagnés dans la structuration du projet.
Son appui a permis de transformer une intention solidaire en démarche organisée, avec un cadre clair et une mise en œuvre concrète.
Le projet a été validé, porté par l’enthousiasme qu’il suscitait et par la cohérence de son objectif social. Cet accompagnement a été déterminant pour passer de l’élan spontané à une action structurée et reconnue.
Côté complémentarité entre les trois acteurs du projet
La complémentarité entre Coralie, Raymonde et Florent s’est imposée comme une évidence. Tous trois partagent une expérience associative et un engagement personnel auprès de publics fragilisés.
Cette culture commune de la solidarité leur a permis d’avancer naturellement, sans avoir à définir longuement les rôles. Chacun connaissait les réalités du terrain et mesurait l’importance d’une organisation rigoureuse.
Leur expérience leur a facilité la coordination et renforcé la cohérence du projet. Le Troky Tour est le fruit de cette synergie humaine autant que professionnelle.
4. Déroulé du Troky Tour et mobilisation
À noter que le premier Troky Tour s’est tenu sur la résidence de Raymonde, là où le besoin d’accompagnement était le plus marqué.
Déroulement d’une journée type du Troky Tour, de la préparation jusqu’à la fin de l’événement ?


La réussite de l’événement repose sur une préparation minutieuse. Les services techniques de la ville ont prêté et installé le matériel nécessaire, notamment les tables et les tonnelles. Raymonde, en lien régulier avec le maire de la commune qu’elle connaît bien, a facilité cette mise en place logistique.
Les trois gardiens ont ensuite organisé les dons par catégories, jouets, vêtements, chaussures, petit mobilier. Cette organisation permettait aux participants de repérer facilement ce dont ils avaient besoin.
Des locataires se sont également investis pour aider à la préparation et à l’installation. Un goûter a été prévu, et certains habitants ont participé à sa distribution.
Au fil de la journée, l’événement a pris une dimension conviviale. Au-delà de la récupération d’objets, c’est un véritable moment de partage qui s’est créé, renforçant les liens entre les habitants.
La communication a joué un rôle important. Quels moyens ont été utilisés pour informer et mobiliser les locataires ?
La communication a été un levier essentiel. Des affichages ont été installés dans la résidence de Raymonde et des SMS ont été envoyés aux locataires.
Mais le moyen le plus déterminant a été le porte à porte. Raymonde s’est fortement impliquée dans cette démarche, prenant le temps d’expliquer le projet directement aux habitants.
Le dialogue a permis de rassurer, notamment les personnes susceptibles de bénéficier des dons. Il était important que chacun se sente à l’aise, sans crainte de jugement. Cette approche humaine a favorisé la confiance et encouragé la participation.
A-t-elle été surprise par l’implication des locataires avant et pendant la braderie ?
« Oui ils avaient hâte que le jour J arrive ! »

L’enthousiasme était palpable avant même l’événement. Les habitants attendaient cette journée avec impatience. L’implication s’est confirmée le jour venu, avec une participation active et une vraie énergie collective.
5. Impact humain et social
Qu’est-ce qui a le plus marqué Coralie lors des différentes éditions du Troky Tour ?
« C’est surtout la convivialité ! »
Au-delà des dons et de l’organisation, c’est l’atmosphère qui a profondément marqué Coralie. Les habitants se rendaient à la braderie en confiance. Personne ne semblait gêné. Le regard des autres n’était pas un frein. Comme elle le précise, ce sentiment d’absence de jugement n’est pas toujours évident dans ce type de situation.
Le Troky Tour a su créer un espace simple, humain, où chacun pouvait donner ou recevoir avec dignité.
En quoi cette initiative a-t-elle changé, même modestement, le quotidien des habitants ?
L’initiative a renforcé le lien avec le gardien. La confiance s’est consolidée, l’entraide s’est développée, et l’écoute a pris encore plus de place dans la relation.
Elle a également favorisé les échanges entre les habitants eux-mêmes. Le projet n’a pas seulement permis de transmettre des objets, il a aussi contribué à tisser des liens.
Un souvenir, une scène ou un témoignage de locataire qui a particulièrement touché Coralie ?
« C’est mon cœur de maman qui parle en voyant le bonheur des enfants ! Regarde maman j’ai mon nouveau jouet ! »
Les enfants semblaient tellement ravis d’avoir une nouvelle peluche ou un nouveau jouet. Ils avaient des étincelles plein les yeux.
« On voyait les locataires heureux, eux aussi ! »
Ces instants simples, presque suspendus, ont profondément marqué Coralie. Derrière chaque objet transmis, il y avait un sourire, un soulagement, parfois une fierté retrouvée.
Pensez-vous que ce type d’action renforce le lien de confiance entre les gardiens et les résidents ? Pourquoi ?
Oui, indéniablement. Ce type d’action montre aux habitants que les gardiens ne sont pas uniquement des référents techniques, mais aussi des acteurs engagés dans la vie de la résidence.
En créant un espace d’échange et de solidarité, ils renforcent la proximité, la confiance et la légitimité de leur rôle social. Le lien devient plus fort parce qu’il s’appuie sur des actes concrets.
6. Donner la parole au collectif
Nous avons souhaité donner la parole à ses deux collègues pour répondre à deux questions, dont la première ci-dessous :
Sachant que le Trocky Tour a rencontré un véritable succès auprès des locataires. Qu’est-ce que cette aventure collective vous a apporté à vous personnellement ?
« Cette aventure collective a été pour moi une journée d’action solidaire pleinement réussie. J’ai eu le sentiment d’avoir apporté un peu de bonheur à nos locataires qui sont dans le besoin au quotidien. Leurs remerciements et sourires sont toujours les bienvenus et de ce fait je me suis senti utile en dehors de mon travail quotidien. »
Florent Lerouge
« Pour ma part le TROKY m’a apporté de la fierté de voir nos locataires heureux et nombreux à me remercier pour cette belle après-midi.
Raymonde Mertz
Et c’est une belle cohésion avec mes deux collègues Coralie et Florent ! »
Est-ce que cette expérience a changé leur manière de travailler ensemble au quotidien ?
Elle n’a pas changé leur manière de travailler ensemble. En revanche, elle leur a procuré un réel plaisir d’agir collectivement pour une cause commune.
Tous reconnaissent que l’échange autour des besoins des locataires fait déjà partie de leur ADN professionnel. Le Troky Tour n’a fait que révéler et renforcer cette dynamique.
Plus largement, que révèle selon Coralie, pour le Troky Tour, de l’importance du travail d’équipe dans les métiers de proximité ?
Pour Coralie, c’est un vrai bonheur de partager ces moments collectivement. Le travail d’équipe permet de donner plus d’ampleur aux initiatives et de porter des projets qui dépassent le cadre individuel.
Dans les métiers de proximité, la cohésion et la coopération sont des leviers essentiels pour répondre au mieux aux besoins du terrain.
7. Reconnaissance et perspectives TROPHEES Franchir et Fédération des ESH
Le Troky Tour a été récompensé par les Trophées Franchir. Qu’a-t-elle ressenti en apprenant cette distinction ?
Elle a ressenti une véritable satisfaction de son engagement au quotidien envers les locataires. Cette reconnaissance vient valoriser un investissement sincère et constant.
Chaque membre du tri a pris la parole lors de la remise des Trophées de la Proximité 2025
Voici la seconde question posée à ses 2 collègues :
Que représente cette reconnaissance pour vous, pour vos collègues et pour SIA Habitat ?


« La remise de ce trophée est effectivement une reconnaissance professionnelle. Vis-à-vis de SIA HABITAT, c’est un savoir-être qui a été mis en valeur, une nouvelle action qui demande à être développée. Et entre collègues, ça montre qu’on est toujours plus fort et riches d’idées et de projets.
Florent Lerouge
Nous savons pourquoi on se lève le matin afin de s’épanouir dans notre rôle de lien social ! »
« Cette reconnaissance m’apporté encore plus de motivation pour la prochaine journée Troky.
Raymonde Mertz
Pour les collègues, cela peut leur donner des idées.
Pour la SIA, cela représente de la fierté également que le travail d’équipe porte ses fruits, le lien social est très important et c’est une priorité dans notre société.»
Nous avons aussi questionné Coralie sur le fait que ce type de projet puisse être déployé à plus grande échelle, sur le territoire de SIA Habitat ?
Le Troky Tour était une première édition. Deux autres pourraient voir le jour, portées par le trio de gardiens et les résidences qu’ils gèrent.
SIA Habitat compte aujourd’hui environ 130 gardiens. L’espoir est que cette initiative puisse inspirer d’autres résidences du groupe.
« C’est un moment à vivre ! »
Ce type d’événement apporte une satisfaction profonde, celle d’avoir répondu à des besoins simples mais essentiels, un bol, un gilet de laine.
Comme le souligne si bien Coralie : « Avec des petits riens on fait des grands tout »
Conclusion
Le trio de gardiens souhaite que cette initiative puisse se généraliser au sein du bailleur.
La remise des Trophées Franchir à Paris a constitué un moment fort. Partir ensemble, aux côtés de Florence et des autres lauréats, a renforcé leurs liens. Ce déplacement a aussi été l’occasion d’un temps convivial, avec une visite supplémentaire de la capitale.
À leur retour, ils ont été conviés à un petit déjeuner organisé par la direction de SIA Habitat. Un geste symbolique, venu saluer leur engagement et marquer la réussite collective du projet.
Le Troky Tour n’est pas seulement une braderie solidaire. C’est la preuve qu’au cœur des résidences, la solidarité peut devenir un véritable moteur d’action et de lien social